Atmosphères

"Qu'est-ce qui m'a touché alors ? Tout. Tout, les choses, les gens, l'air, les bruits, le son, les couleurs, les présences matérielles, les textures, les formes aussi. Des formes que je peux comprendre, que je peux essayer de lire, que je trouve belles. Et quoi encore ? Mon état d'âme, mes sentiments, mon attente d'alors, lorsque j'étais assis là. Et je pense à cette célèbre phrase en anglais renvoyant à Platon : "Beauty is in the eye of the beholder." Cela signifie que tout est en moi. Mais je fais alors l'expérience suivante : j'élimine la place et je n'éprouve plus les mêmes impressions. Une expérience simple - vous excuserez la simplicité de ma pensée. Mais j'élimine la place - et mes impressions disparaissent. Je ne les aurais jamais eues sans son atmosphère. C'est logique. Il existe une interaction entre les êtres humains et les choses."

Peter Zumthor, Atmosphères, 2008

Tentative de définition (en creux) de l’architecture

« L’architecture n’est pas une discipline.
L’architecture n’est pas une rigueur (rigor mortis).
L’architecture n’est pas une « profession ».
L’architecture n’est pas une vocation. Quand j’avais sept ou huit ans, je ne jouais ni avec des cubes, ni avec des jeux de construction. Je n’ai jamais eu la « vocation de l’architecte ». Je lisais et j’écrivais des poésies.
L’architecture est intéressante quand elle n’est pas « l’architecture » mais qu’elle s’inspire de la géographie, de la nature, de l’eau et de la terre.
Elle n’est pas intéressante quand elle naît de l’architecture.
Il est préférable de tout expérimenter en tenant compte de trois incontournables :
le monde de l’art, parce que l’architecture appartient à l’art, comme l’art appartient à l’architecture ;
la passion politique ;
la culture, au sens le plus vaste possible.
Concevoir un bâtiment, l’espace qui l’entoure et le soutient, ne peut être pensé uniquement en termes techniques, ni même architecturaux. Il faut deviner le contexte qui est fondamental. Et il faut en être imprégné. »

Massimiliano Fuksas, Chaos sublime, traduit de l’italien par Anne Bourguignon, mars 2010 pour la traduction française

Image : Ian Hamilton Finlay, XM Poem, 1963. "Un petit ruisseau coule avec un son qui suggère des airs que l’on siffle. [...] Différentes tailles et sortes de caractères suggèrent la nature changeante de l’eau."